Par Axel Oreste, fondateur de HackCell
La plupart des dirigeants ont une vision. Le problème, c’est qu’elle reste trop souvent dans leur tête.
On passe des heures à réfléchir à la direction de l’entreprise, à affiner la stratégie, à imaginer ce que ça pourrait devenir dans trois ans. Puis on convoque l’équipe, on présente le plan, et on repart convaincu que tout le monde est embarqué. Deux semaines plus tard, les comportements n’ont pas changé.
Ce n’est pas un problème de vision. C’est un problème de transmission.
Avoir une vision ne suffit pas — il faut la rendre contagieuse
Quand nous avons commencé à travailler avec Groupe Endurance Immobilier, l’organisation comptait une trentaine de courtiers. Des professionnels compétents, autonomes, performants à titre individuel. Mais dans un milieu où la culture du « chacun pour soi » est presque une norme, la direction voulait construire quelque chose de différent : une équipe qui joue collectif, pas un regroupement de solistes.
Le défi n’était pas de convaincre les courtiers que la vision était bonne. C’était de leur faire sentir qu’elle les concernait eux — concrètement, dans leur quotidien, dans leurs résultats.
Ce que nous avons mis en place n’avait rien de révolutionnaire : des espaces de conversation structurés, des rituels qui reliaient explicitement les actions individuelles à l’objectif collectif, et un travail sur la façon dont les leaders portaient le discours — pas avec les mots du plan stratégique, mais avec ceux du terrain.
Les résultats ont été visibles sans qu’on ait besoin de les mesurer : plus d’imputabilité, moins de conflits, un recrutement plus ciblé. Certains courtiers qui ne correspondaient pas à la culture sont partis d’eux-mêmes — sans friction, sans confrontation. Les gestionnaires ont arrêté de courir après les gens. L’organisation a gagné en traction, en vitesse, en clarté. Et l’ambiance, que personne n’ose souvent nommer dans un plan stratégique, s’est transformée en avantage compétitif réel.
Ce n’est pas la vision qui avait changé. C’est la façon dont elle vivait à l’intérieur de l’organisation.
Du discours de dirigeant au langage d’équipe
Ici, certains dirigeants vont lever la main : « Mon problème, c’est pas la culture — c’est que mes employés manquent de compétences. » Je les entends. Mais dans la majorité des cas que j’ai observés, le manque de compétences perçu est en réalité un manque d’engagement. Les gens ne donnent pas leur plein potentiel quand ils ne comprennent pas pourquoi ça compte. Ce n’est pas un enjeu de formation — c’est un enjeu de sens. Et le sens, ça se construit, ça ne se distribue pas dans un courriel.
Une vision mobilise quand elle répond à trois besoins fondamentaux : comprendre où on va, sentir pourquoi ça me concerne, et croire que j’ai un rôle réel à jouer. La plupart des communications internes réussissent le premier point. Elles échouent sur les deux autres.
On explique très bien le « quoi » — les objectifs, les chiffres, les jalons. Mais on oublie le pont émotionnel. Et sans ce pont, la vision reste une diapositive de plus.
Ça implique de traduire votre vision dans le langage du terrain. Pas celui des actionnaires. Celui de la personne qui commence sa journée à 8h et qui se demande, consciemment ou non : est-ce que ce que je fais aujourd’hui compte vraiment ?
La vision ne se cascade pas — elle se cultive.
L’adhésion se mérite, elle ne se décrète pas
Il y a une confusion fréquente entre informer et mobiliser. Informer, c’est transmettre un message. Mobiliser, c’est créer les conditions pour que les gens choisissent de s’engager.
Quand une équipe s’approprie une vision — quand elle peut l’expliquer avec ses propres mots, quand elle en voit le lien direct avec son travail du jour — vous n’avez plus besoin de la motiver. Elle se motive elle-même.
Ce n’est pas de la magie. C’est de la structure, de la répétition et de la cohérence. Appliquées avec rigueur, ces trois ingrédients transforment une vision de dirigeant en culture d’organisation.
Axel Oreste sera présent pour les dirigeants de PME lors de l’événement Stratégies PME en novembre prochain. Pour en savoir plus : hackcell.co